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Débats autour du livre

Les Nouvelles frontières de l’argent

Bernard Perret, Editions du Seuil, 1999





 

Plan de la page

1) Recensions, réactions

2) Plan de l'ouvrage

3) Logique de l'ordre monétaire (extrait du chapitre 2)

 


 

L'argent, bon serviteur et mauvais maître par Bernard Arnaud, Le Monde du 2 février 1999

Notre époque consensuelle raboterait-elle les ambitions ? C'est ce que l'on entend souvent. Cela est partiellement vrai. Encore faut-il que ce jugement ne serve pas de prétexte à ignorer tout ce qui se fait et s'écrit de neuf. Il y a encore des économistes qui pensent ! Bernard Perret, administrateur de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) le prouve. D'ambition, il n'en manque pas puisqu'il entend "contribuer au renouvellement de la critique du capitalisme". Sa thèse est à la fois simple et audacieuse. Nous peinons à envisager le lien social autrement que sous la forme monétaire.

Dessinant les contours de la nouvelle "civilisation de l'argent", l'auteur constate que l'argent ne cesse de conquérir de nouveaux territoires. Il devient la mesure de tout échange et de toute valeur. Or, "La monétarisation plus ou moins imposée de l'existence quotidienne a pour conséquence d'accroître la marginalisation et la dépendance économique des couches les plus défavorisées". La comptabilité nationale, rappelle Bernard Perret, est trompeuse. Elle élimine le non-monétaire. Peut-on pour autant abandonner la "religion du taux de croissance" ?

Mais l'auteur ne s'en tient pas à cette critique, que formule depuis longtemps la "troisième gauche". Il examine aussi les défis nouveaux posés par la financiarisation. Par exemple : qui est aujourd'hui propriétaire de l'entreprise ? Celle-ci ne représente t-elle qu'une valeur financière ? Où bien est-elle une communauté de travail ? Avec la "corporate governance", ou gouvernement d'entreprise, la confusion est grande. Le capital (de l'entreprise) est disséminé entre une multitude d'actionnaires. Les salariés exploités d'aujourd'hui seront-ils les rentiers exploiteurs de demain ?

Qu'est-ce que l'argent peut acheter et ne pas acheter ? Telle est la question. Le pouvoir d'attraction du marché n'est pas sans lien avec la démocratie et son idéal d'égalité. Le développement de la société est perçu aujourd'hui comme une conquête démocratique.

Certains aspects de la monétarisation du monde donnent le vertige. "La notoriété (quelle qu'en soit la cause : être un truand notoire ou mère de sextuplés, avoir été pris en otage ou avoir subi les assauts galants du président des Etats-Unis) se monnaie de plus en plus rapidement et cyniquement". Qui est sûr de résister aux sirènes ?

"L'expansion du marché" dans des domaines comme la santé ou les retraites est prévisible. Là encore, se dessine déjà un nouvel "ordre monétaire". Or tout le monde n'a pas vocation à se passionner pour les cours de la Bourse, ni à gérer sa retraite future en comptable avisé.

La culture marchande gagne du terrain. Pourtant, comme le note Bernard Perret, reprenant une expression de Braudel, il n'y a pas de société viable à long terme sans "économie du rez de chaussée" : se nourrir, se loger, s'occuper des enfants, des vieux, se distraire, et, pourquoi pas, créer des oeuvres d'art...L'histoire de notre civilisation, soulignait Braudel, ne saurait être confondue avec celle des échanges monétaires.

Finalement, l'auteur se prononce pour une conception plus communautaire de "l'idéal démocratique". Il rejoint sur ce point le philosophe Charles Taylor. La thèse est discutable, et sera discutée. Elle est manifestement dans l'air.

 

Zaki Laïdi, Esprit, Avril 99

(...). Réhabiliter le social face au marché, c'est aussi l'ambition du livre de Bernard Perret qui, au fil des lignes, s'impose comme l'un des meilleurs analystes de l'enchâssement de l'économique dans le social.

Bernard Perret s'inquiète de la disjonction entre l'économique et le social et plus encore, entre l'économique et le politique. La menace la plus grave qui pèse sur la démocratie, écrit-il, n'est pas, dans l'immédiat, la résurgence d'une idéologie totalitaire, mais un individualisme triomphant, parfaitement en phase avec le triomphe du marché. Dans les sociétés où la liberté passe par la consommation, l'accession aux biens passe pour l'individu avant une implication dans la vie de la cité qui devient, par certains aspects "abstraite". A juste titre, Perret souligne que nos sociétés sont marquées par un déséquilibre entre l'affaiblissement de la plupart des dispositifs de limitation et de contestation de la logique marchande, au moment où les nouvelles contradictions qui se font jour où s'aggravent ont du mal à s'exprimer dans le champ politique. C'est là un point central et décisif, car il met en évidence le risque de glissement de l'économie de marché vers la société de marché. Ce glissement, Perret a le mérite de le poser en termes sociologiques et culturels plutôt que de continuer paresseusement à évaluer ce glissement à l'aune du niveau des dépenses publiques. On ne dira jamais assez que le glissement vers la société de marché n'est pas réductible à la place de l'Etat mais à la "commodification" des rapports sociaux. Perret note par exemple que l'on assiste à aucune érosion du nombre de travailleurs salariés, mais que si le contrat salarial demeure la règle, son contenu s'est modifié dans le sens d'une "commodification du travail". Cet exemple est d'ailleurs clairement corroboré par celui des ouvriers qualifiés. Leur nombre n'a pas vraiment baissé. Mais l'inscription de leur travail dans un rapport directement marchand et commercial avec la clientèle a profondément modifié la nature et l'identité du travail ouvrier.

A partir de là, Perret identifie cinq enjeux majeurs :

Le premier point est important car il est au coeur de la revendication libérale, qu'elle soit de gauche ou de droite. Elle consiste à dire qu'il faut laisser la régulation sociale aux acteurs sociaux et la régulation redistributive à l'Etat. Perret ne s'oppose pas bien sûr à l'idée que la négociation sociale soit désétatisée. L'exemple des 35 heures, dont l'auteur parle curieusement très peu, a révélé les limites de l'arbitrage étatique dans la régulation sociale, en même temps que les risques de son détournement quand celui-ci devient autoritaire. C'est notamment tout le problème de l'utilisation par le patronat des 35 heures pour renforcer et accroître la flexibilité des salariés. Mais pour Perret, il ne faut pas aller trop loin dans cette voie car l'univers social du travail demande à être construit comme un "monde commun". Il souligne d'ailleurs quelques pages plus loin que le système social est un tout, qu'il relève d'une architecture politique sophistiquée qui offre aux individus une sécurité qui dépasse le cadre redistributif. Autrement dit, le système social produit une sorte de "sécurité affective" qui n'est pas réductible à ce qu'on empoche. Implicitement, Perret plaide pour que l'Etat et ses différents dispositifs ne soient pas réductibles aux yeux des citoyens à un guichet. Nous n'avons naturellement fait ici que sélectionner certains passages de ce livre. C'est pourquoi il importe de le lire pleinement pour en mesurer l'intérêt.

 

Un règne sans maître par Gérard Moatti, Les Echos, 11 février 1999

Au titre, chacun l'aura compris : ce livre n'est pas franchement libéral. C'est un peut "l'horreur économique", mais sous la plume d'un authentique économiste. Bernard Perret commence par régler leur compte à quelques illusions : non, les conquètes de l'économie de marché à travers le monde ne sont pas nécessairement des victoires de la démocratie. Dans les pays riches, la mondialisation et la montée en puissance de la finance ont fait voler en éclats le vieux compromis "fordiste" des décennies d'après-guerre : le partage des fruits de la croissance au sein de nations peu ouvertes sur l'extérieur. Le marché est devenu le régulateur unique - et efficace - de l'économie. Reste à savoir s'il faut aussi "le laisser gouverner seul l'évolution des modes de vie".

Or, dit Perret, c'est bien là ce qui menace : le couple argent-marché étend sa domination sur de nouveaux territoires (politique, sport, culture, éducation...), au détriment de toute logique concurrente. Un exemple : l'audiovisuel, où la ressource publicitaire impose un critère financier qui écrase tous les autres. La monnaie elle-même, hier expression de la souveraineté nationale, devient un instrument neutre et apolitique, pour assure un jeu aussi "pur et parfait" que possible des marchés financiers. Cette domination insidieuse n'a plus rien à voir avec la vieille lutte des classes. Le pouvoir de l'argent est anonyme, il s'impose à l'actionnaire et au patron comme au salarié : c'est un règne sans maître.

C'est que l'argent, dit Perret, apparaît comme "la seule médiation possible dans un nombre toujours croissant de situations". Mais cette commodité envahissante comporte de redoutables effets pervers. En devenant la mesure de toute chose, elle réduit la diversité et la richesse des autres formes d'échange (engagements politiques, associatifs...) ou des autres critères de valorisation sociale (culturels, éthiques...) et elle nous rend myopes sur notre propre bien-être collectif (la mesure monétaire de la croissance a de moins en moins de sens). Elle oblige les grandes entreprises à renoncer à leurs responsabilités "institutionnelles" (sociales ou nationales) pour se plier à la logique des marchés financiers. En faisant reculer la "citoyenneté sociale", elle menace la nation elle-même.

"Algue tueuse"

Ces idées méritent discussion. Après tout, l'évolution des sociétés (européennes notamment) vers le libéralisme et le marché n'est-elle pas choisie plutôt que subie ? Perret répond implicitement par la négative : pour lui, le marché a sa propre logique de prolifération. Il "ressemble à cette algue tueuse qui colonise la Méditerranée (...). Trop bien adaptée à son environnement, elle ne laisse aucune place aux autres formes de végétation". Il ne s'agit pas de le combattre frontalement, mais d'agir à la marge : encourager une économie plurielle laissant une place au "non-marchand". Et, surtout, changer la nature des politiques sociales : remplacer une "logique de guichet", visant à la réparation monétaire du handicap social, mais engendrant dépendance et passivité, par des actions décentralisées, axées sur les modes de vie et la responsabilisation des publics en difficulté. Qu'on partage ou pas l'ensemble des vues de l'auteur, voilà des idées que l'on peut acheter.

 

François Ernenwein, La Croix, 7 février 1999

C'est un lieu commun. Partout, on glose sur cet argent qui pourrit tout. Ce phénomène connu n'avait pourtant jamais fait l'obket d'une description aussi méthodique que dans ce dernier livre de Bernard Perret. Ni surtout d'une analyse aussi fine des conséquences d'un tel empire. Résultats, dans la démonstration de cet économiste, la condamnation morale, dont on connaît d'emblée les limites, cède la place à l'ambition politique et sociale : comment éviter que l'essor sans fin du marché ne creuse de nouvelles inégalités ? Comment sauver la démocratie ?

Le fond de tableau est bien sombre. L'argent ne cesse de conquérir de nouveaux territoires, servant de mesure universelle, envahissant tout, même les champs dont il était historiquement absent. "Lorsque l'argent devient la mesure de toute chose, la diversité des formes d'échange sociale et la richesse de la vie sociale sont menacés", écrit ce collaborateur de La Croix.

Même s'ils peuvent sembler relativement marginaux devant l'ampleur globale du phénomène, il existe des exemples éloquents : quand, dans le sport ou la vie intellectuelle, l'intérêt de gratification honorifique s'efface devant le calcul des gains sonnants et trébuchants...

La réponse à ces multiples dérives ne se trouve pourtant pas dans la seule réformes du jeu économique. Elle suppose bel et bien une redéfinition de la démocratie qui ne se donnerait plus comme but l'émancipation sans limites de l'individu, mais réfléchirait sur le vivre-ensemble. Elle doit accepter de mieux équilibrer son projet entre l'épanouissement individuel, survalorisé, et le bien-être collectif, largement négligé. Bernard Perret montre bien comment la logique marchande est étrangère à toute culture de la reconnaissance. Son livre propose ainsi une critique lucide du capitalisme. Qui pourrait nier son urgence ?

 

La démocratie vampirisée. L'argent ne peut répondre seul à la question : "comment devons-nous vivre ?", par Jean Sloover, Le Soir (Bruxelles), 23 Avril 99

Il y a des livres qui n'apprennent rien parce qu'ils ne font que décliner des idées rebattues. Il y a des livres qui, çà et là, font des percées fragmentaires dans l'entendement des choses. Et il y a les livres qui, un jour, rassemblent les idées novatrices en un tout cohérent qui fait faire alors un bond qualitatif à l'intellection du monde. Les nouvelles frontières de l'argent, de Bernard Perret administrateur de l'Institut français des statistiques et des études économiques (Insee), appartient à cette dernière catégorie. A sa lecture, bien des choses disparates de notre environnement quotidien s'articulent, prennent sens et éclairent soudain nos horizons bouchés : "mais oui, bon Dieu, mais c'est bien sûr !", s'exclame le lecteur, comme il le faisait naguère au vu des réflexions d'un Gauchet, d'un Touraine ou d'un Poulantzas...

La technique de Perret, pourtant, est simple : ne rien considérer comme une évidence mais prendre acte de ce qui est irréversible. Exemple de cette incrédulité méthodologique : le lien entre le marché et la démocratie. On prend aujourd'hui volontiers la victoire du premier pour le triomphe de la seconde, mais en fait il n'en est rien, soutient l'auteur : il ne suffit pas de renverser un dictateur et de libérer les échanges pour que la culture démocratique l'emporte, comme l'atteste la Russie. Même dans les vieilles démocraties, la montée de l'individualisme, la "pensée unique" néolibérale et la dévalorisation par l'argent des conduites sociales désintéressées assèchent les choix politiques et les valeurs qu'ils incarnent. Il y a, dit-il, non pas réussite de la démocratie grâce au marché mais bien plutôt vampirisation de la démocratie par le marché. A telle enseigne qu'un autre spectre hante désormais l'Europe : celui d'un capitalisme sans démocratie.

L'autre versant de la méthode Perret peut s'illustrer par l'attitude de l'essayiste à l'égard de l'échec historique du communisme et des impasses où sont enfermées les formes plus modernes de socialisation de l'économie de marché. La capitalisme, dit-il, a fait la preuve de sa supériorité : quand il s'agit de produire des richesses matérielles, aucun système n'est plus efficace. La seule politique économique qui demeure possible et souhaitable est donc celle qui poursuit une intégration toujours plus poussée dans l'économie mondiale : l'idée de révolution doit être abandonnée et l'Etat ne doit plus chercher à arbitrer les rapports de production. Hélas, continue Perret, les schèmes marxistes ont la vie dure et la gauche ne parvient pas à se défaire de l'idée qu'elle a vocation à mener une politique économique alternative favorable aux seuls travailleurs, alors que l'intérêt économique des salariés n'est plus opposable à celui du capital.

Un pouvoir non démocratique

Conséquence de ce double constat : le triomphe actuel du libéralisme est dû avant tout à l'épuisement des modèles socio-politiques alternatifs traditionnels. Comme le dit en somme Alain Touraine : "Nous devons à la fois détruire un système ancien et dégradé de contrôle social de l'économie et en construire un nouveau. Il n'y a pas, il n'y aura jamais de société libérale, c'est à dire d'économie régulée uniquement par elle-même. Une telle conception n'est que la forme extrême d'un pouvoir économique exercé non démocratiquement. En revanche, il existe des transitions libérales, comme celle que nous vivons depuis un quart de siècle, et dont il est maintenant urgent de sortir...".

C'est bien là, en effet, la démarche de Bernard Perret : redéfinir les objectifs même du progrès social. Comme l'atteste la montée des inégalités, on ne peut se contenter de redistribuer les richesses. Ceux qui partagent un idéal d'émancipation et d'égalitarisme doivent dès lors revisiter cet idéal dans un sens communautaire. Il faut, dit Perret, resocialiser les individus déliés. La démarche consiste à résister à l'emprise de la logique marchande. Autrement dit, à faire du politique autre chose qu'un vecteur de croissance de l'économie monétaire. A le restaurer comme souci du devenir commun.

Sans doute dira-t-on que le raisonnement est séduisant et la formulation élégante mais que, au-delà, on ne voit guère comment oeuvrer. Ce faisant, Bernard Perret rejoint pourtant l'important courant de pensée actuel qui - avec les travaux de Dominique Méda notamment - cherche d'abord la "sortie de crise" dans un questionnement sévère de la représentation monétaire du bien-être, dans une remise en cause sans complaisance de la notion utilitariste du bonheur qui demeure au fondement de notre organisation sociale. Pour avancer dans cette réflexion, l'auteur prend, en effet, le rôle social de l'argent comme fil conducteur. Il montre ainsi, avec une grande force de conviction, comment conquérant sans cesse de nouveaux territoires, acquérant chaque jour de nouvelles légitimités, devenant, en somme, la nouvelle mesure de toute chose, la monétarisation phagocyte le politique, le social, la famille, l'école, le sport et fait progressivement de chacun de nous un vulgaire centre de profit...

Désintoxiquer les "accros" au marché

Après cela, Bernard Perret n'a évidemment guère de difficulté à nous convaincre que l'ultime intérêt qui reste opposable aux avantages de la monétarisation est le pluralisme des valeurs, la variété des modes d'organisation et des formes d'échanges sociaux. Au-delà des mécanismes redistributifs existants, l'unique politique sociale encore pertinente consiste dès lors à agir sur les modes de vie et la culture de manière à amener chacun à résister personnellement à l'emprise du marché. De même que l'on juge normal d'agir pour inciter les gens à réduire leur consommation de cigarettes, il n'y aurait rien de choquant à les encourager à se rendre moins dépendants de certaines formes de consommation marchande et à recourir davantage aux échanges non monétaires, écrit-il.

S'appuyer sur les solidarités spontanées qui se manifestent au sein de la société pour mieux rendre visible le lien entre l'individu et son appartenance sociale, mener une politique globale du temps, prendre en compte les potentialités de l'économie solidaire et informelle, telles que les réseaux d'échanges de services, développer la pluriactivité de manière à promouvoir une économie plurielle alliant secteurs marchand, non marchand et associatif : telles sont quelques-unes des pistes suggérées par l'ouvrage. Jouant de la subsidiarité et du partenariat avec la société civile, l'action publique, estime Perret, peut ainsi en arriver à contenir la monétarisation de la vie en encourageant une perception plus communautaire de l'idéal démocratique. Car, conclut-il, il n'y a pas de démocratie politique sans communauté politique, et il n'y a pas de communauté politique sans dépassement de la logique marchande au sein d'un espace commun clairement délimité.

L'épilogue peut sans doute laisser dubitatif : en pariant sur la lucidité et la volonté des individus, Perret ne fait au fond qu'en appeler à une hypothétique révolution culturelle, morale, spirituelle contre le veau d'or. Son analyse n'en reste pas moins un renouvellement substantiel de la critique contemporaine du capitalisme mondialisé qui mérite attention. Non seulement de l'opinion, mais aussi des forces politiques. Reste à savoir lesquelles...

 

Résister au marché, par Denis Clerc, Alternatives économiques, avril 1999 (Le livre du mois)

Le marché, nouvelle algue tueuse, tend à coloniser toutes les formes de vie sociale, faisant de l'argent le monde normal, hégémonique, des relations entre les hommes. Cela n'a pas que des inconvénients, nous expplique Bernard Perret, dans la foulée de Georg Simmel (dans on ouvrage Philosophie de l'argent) : la mondialisation est source d'autonomie, de libre choix, d'absence de dépendance personnelle. Mais, en contrepartie, les capacités d'autosuffisance de chacun se réduisent, entraînant marginalisation et exclusion pour ceux qui ne peuvent se payer voiture, logement ou téléphone. Porteur de risques accrus de corruption, de vol ou d'escroquerie, l'argent mine les bases de la confiance entre les individus, ronge le capital social, c'est à dire les liens de dépendance acceptés entre les hommes et fondés sur le fait que si je te donne un coup de main, je suis assuré que tu m'en donneras un autre, quand j'en aurai besoin. Or, avec la mondialisation et la financiarisation, les digues qui limitaient la place de l'argent dans la société capitaliste se sont rompues.

Les libéraux proposent de verser aux perdants une sorte d'indemnisation pour solde de tout compte, afin que le marché puisse fonctionner aussi efficacement que possible. "Le sentiment de vivre dans une société juste ne se ramène pas à celui de participer à une compétition équitable" rétorque Bernard Perret. Il propose "une réforme de la société salariale pour en conserver les principaux acquis (continuité des droits sociaux, régulation négociée)" et, surtout, plaide en faveur d'un "au-delà de la croissance", d'une société capable de produire de la qualité de la vie et du sens, et pas seulement des marchandises. Aussi avance-t-il des "pôles de résistance au marché", une "économie plurielle" porteuse de relations sociales non exclusivement marchandes.

Stimulant, ce livre l'est incontestablement, notamment lorsqu'il explique le rôle potentiel des "marchés transitionnels" du travail ou qu'il règle son compte à l'idée de salariés cogestionnaires du système social grâce aux fondes de pension. Eclairant, aussi : son analyse critique du workfare et des propositions de réforme de la protection sociale est remarquable. En revanche, les pôles de résistance proposés manquent singulièrement d'épaisseur. On voit bien pourquoi il faut borner les "frontières de l'argent", on voit mal comment le faire. Mais cela reflète moins une faiblesse de l'auteur que le manque d'innovation sociale de notre société.

 

Yann Galenna, Projet, Juin 1999

Cette vision "républicaine" des rapports sociaux unifie l'une des plus belles synthèses de Bernard Perret. En lutte contre l'envahissement de la logique de marché qui domine à droite comme à gauche, le présent ouvrage affine avec bonheur les intuitions que L'économie contre la société (en 1993 avec Guy Roustang) ne faisait qu'évoquer. Ici, les points sont mis sur les "i". La séparation de l'économique et du social, postulat néo-libéral, est justement mise en question, sans tomber pour autant dans les argumentations faux cul habituelles aux économistes universitaires. Bernard Perret sait reconnaître les intérêts catégoriels derrière les manifestations des cheminots et dénonce avec le même courage les poncifs habituels sur l'utilité de la fonction publique.

 

Jean-Paul Maréchal, Futuribles, septembre 1999

Au moment où la globalisation place la planète sous la domination du marché et où la liberté sans cesse croissante dudit marché conduit à des crises dont l'extension et la profondeur vont en s'accentuant, Bernard Perret nous invite dans son dernier livre à une réflexion sur le devenir des sociétés contemporaines.

La thèse centrale de l'ouvrage est que le capitalisme, dont on proclame à tort et à travers la victoire définitive, se trouve en fait "menacé par des contradictions, plus insidieuses, et surtout plus difficilement prises en compte dans le débat démocratique". Car le capitalisme est en fait prisonnier de ses propres représentation, de l'usage spéculaire de la grille analytique qu'il a lui-même élaborée. Ainsi, la lecture purement monétaire du bien-être (produit intérieur brut) qui est parvenue à s'imposer ne rend pas (ou mal) compte de l'aggravation des problèmes écologiques (changements climatiques, déchets...) et sociaux (inégalités, violences, exclusions...) qui minent toujours davantage le vivre ensemble. D'où, précisément, l'idée de prendre l'argent comme fil conducteur de la réflexion en ce qu'il "est consubstantiel au marché, et qu'il en exprime parfaitement les évidences, l'omniprésence et la banalité".

L'auteur décrypte alors la logique de l'ordres monétaire à travers un certain nombre de phénomènes qui vont de l'existence de marchés plus étendus, unifiés et concurrentiels à la privatisation de la protection sociale en passant par la monétarisation des modes de vie ou la marchandisation du travail. La civilisation de l'argent qui se renforce ainsi chaque jour davantage sous nos yeux correspond en fait à une triple mutation du capitalisme.

Tout d'abord, le capitalisme régulé des trente glorieuses semble s'être effacé au profit d'un "règne sans maître". La fin de la croissance fordiste et l'adaptation des entreprises à l'état des techniques et à l'évolution des marchés ne suffisent en effet pas à dessiner une nouvelle cohérence socio-économique dont on pourrait dresser la carte des pouvoirs. Le capital étant lui-même soumis à la domination du marché, la question se pose désormais de savoir si l'état présent des économies développées est caractérisé par la domination d'une classe ou par la soumission à l'ordre du marché.

Ensuite, la nature de l'entreprise est devenue incertaine sous le double effet des transformations organisationnelles et de l'impact de la financiarisation. Le premier phénomène se manifeste notamment par le passage d'une organisation hiérarchisée à une structure en réseau, tandis que le second se traduit par le fait que la firme tend désormais à être considérée non plus tant comme une communauté de travail que comme valeur financière.

Enfin, la conception de la citoyenneté sociale, selon laquelle la participation des individus à la production leur permettrait de réaliser leur double aspiration à l'émancipation et à la sécurité, est en très net déclin sous le choc d'une mondialisation qui induit une confrontation directe des travailleurs au marché.

En ce qui concerne le travail, Bernard Perret critique vivement bien sûr l'ultralibéralisme mais également le New Labour de Tony Blair (ainsi que le "libéralisme de gauche") dont les deux vices fondamentaux sont l'individualisme et l'utilitarisme. De fait, la solidarité sociale ne saurait se cantonner à un partage de ressources monétaires mais doit "s'incarner dans les mécanismes mêmes par lesquels la société est produite. Pour être (...) clair, précise l'auteur, l'exigence de justice ne concerne pas seulement la répartition des fruits du travail, mais également la répartition et l'organisation de celui-ci."

D'où la nécessité d'une reconsidération de la définition même de la croissance économique, d'une réflexion sur celle-ci considérée comme fonctionnement social débouchant sur l'instauration d'une "économie plurielle et d'une démocratie plus communautaire" (ce qui ne veut pas dire communautariste). Face aux contradictions de l'idéologie libérale il convient en effet de promouvoir le pluralisme des modes de vie et de production (pluriactivité, aménagement du temps...) et de prendre conscience que, la démocratie étant incompatible avec une émancipation sans limite de l'individu, une "politique de la reconnaissance" s'impose. Une telle politique consisterait à rompre avec cette pratique qui consiste, face à l'autre, à toujours faire le tri dans ses qualités individuelles entre celles jugées positivement par rapport à l'ordre marchand et les autres (par définition négatives), à renforcer le capacité d'auto-organisation de la société, à récuser l'unidimensionnalisation des modes de vie...

Les Nouvelles frontières de l'argent combine donc de manière originale et rigoureuse une mise à jour des contradictions du capitalisme contemporain et un ensemble de propositions réalistes susceptibles de permettre un réencastrement de la vie économique dans la vie politique et sociale. Creuser les propositions qui sont avancées permettrait de participer de façon intelligente à la conception d'une action politique apte à redonner du sens à un agir économique qui, laissé à son libre jeu, semble devoir conduire à l'extension de la misère à l'ombre des plus-values.

 

Marché et démocratie ne sont pas synonymes, par Jean-Philippe Domecq, Marianne, 15 février 1999

Bernard Perret n'en est pas à sa première tentative pour proposer de nouvelles frontières idéologiques à la social-démocratie. Il avait déjà, dans l'Economie contre la société (en collaboration avec Guy Roustang), puis dans l'Avenir du travail, montré que le travail perdait son rôle intégrateur et que l'événement marquait un tournant de civilisation. Dans les Nouvelles frontières de l'argent, il rappelle que confondre marché et démocratie aboutit à la négation du lien social. Et que l'actuelle crise économique mondiale trouve précisément ses racines dans cette contradiction. Perret montre bien que la croyance en un couplage systématique du marché et de la vertu revient à supposer une harmonie spontanée entre le monde de la rationalité économique et celui des règles éthiques. Comme si "l'économie-casino était sans effet sur la morale commune". Son livre marque la réflexion économique contemporaine en ce qu'il propose un mode d'évaluation plus ouver et nuancé de la "richesse des nations". La dimension qualitative de l'offre sociale doit être intégrée à l'évaluation d'une économie. Sans compromettre la productivité, l'économie selon Perret doit prendre en compte le "capital social", la croissance économique n'étant qu'un indicateur parmi d'autres du développement humain. Conclusion : "On ne pourra s'opposer au pouvoir de la finance sur l'économie si, dans le même temps, des efforts d'endiguement du processus de monétarisation ne sont pas entrepris au niveau le plus décentralisé, celui qui concerne la vie quotidienne."

 

Au-delà de la critique du capitalisme, analyse d'un pouvoir «sans loi ni visage». L'argent contre le social par Gérard Dupuy, Libération, 19 mars 1999

A la suite de Marx, la critique de la domination sociale de l'argent s'est longtemps identifiée à la contestation du pouvoir du capital sur le travail. Or (...) cette confusion est de moins en moins justifiée. Le trait majeur de l'économie contemporaine est l'accentuation de la concurrence. La domination y revêt un caractère plus diffus et plus systémique, l'argent s'imposant à tous comme une loi commune. Même s'il creuse les inégalités entre les riches et les pauvres, le règne du marché est un règne sans maître, et c'est pour cela qu'il est difficile de mener contre lui un combat politique.» Cette citation résume assez bien l'enjeu des Nouvelles Frontières de l'argent: prendre la mesure du changement de paradigme de la société mondiale sans faire du constat de la réalité une approbation de celle-ci.

Il est significatif qu'au fil des ans Bernard Perret ait fait glisser le centre de gravité de sa réflexion de la notion de travail (et de sa nécessaire relativisation) à celle d'«argent». La trivialité voulue de cette dernière dénomination, à rebours des conventions techniques de la science économique, est destinée à refléter un double phénomène (ou les deux visages du même): la «réduction de l'autonomie relative de la sphère productive» mais aussi «l'impact civilisationnel de la monétarisation de la vie sociale». Le vague du terme «l'argent» («money») renvoie à son omniprésence à la fois objective et subjective - si on admet que «le processus de monétarisation de l'échange est intrinsèquement lié à l'aspiration des individus à se rendre plus autonomes en diversifiant leurs interdépendances». Ce processus a un prix: «La monétarisation prospère au détriment des échanges non monétaires et des socialités de proximités qui en sont le cadre le plus fréquent.»

Le processus en cours n'est pas sans analogie avec l'élimination des structures traditionnelles par le capitalisme naissant tel que l'a décrit Marx. Mais Perret souligne une différence de taille. Circonscrit à la figure du «patron», le pouvoir de l'argent a pu devenir une cible plausible, «la contestation du pouvoir patronal ayant fourni à la contestation du système capitaliste son meilleur point d'ancrage». Comment faire aujourd'hui face à un «pouvoir systémique», qui apparaît «sans loi et sans visage»? Cette financiarisation fait sentir sa force en particulier au sein des entreprises - la perte d'autonomie du monde productif s'accompagnant de celle de «sa capacité à être un des lieux de négociation des compromis sociaux et d'élaboration des normes collectives». Si le contrat salarial demeure la règle (sa proportion augmente même dans la population active), cela ne se fait pas sans une redéfinition des contenus de travail sous le poids de sa «marchandisation» - qui peut amener contradictoirement l'autonomisation de certaines tâches et un néotaylorisme pour d'autres, entraînant «une hétérogénéité des vécus professionnels qui interdit toute représentation unifiée du travail en tant que condition sociale».

Dans une telle situation de «déclin de la citoyenneté sociale», l'auteur examine quelques-unes des réponses qui ont été envisagées (libéralisme social, revenu d'existence), tout en montrant leurs limites. Et de soutenir une «politique de la reconnaissance», qui mette l'accent sur la valeur de la dignité personnelle («encore plus vitale que l'égalité»). En résumé: «Le sentiment de vivre dans une société juste ne se ramène pas à celui de participer à une compétition équitable».

 

Le livre du jour (Pierre-Marcel Favre, AGEFI, Lausanne, Janvier 2000)

Cet ouvrage offre un constat inquiétant de la monétarisation croissante de l'ensemble des rapports sociaux et se veut une critique originale et constructive de l'évolution du capitalisme. L'auteur montre comment le marché et les rapports monétaires tendent à régir toute la vie sociale, tandis que la détention de l'argent devient un objectif en soi plutôt qu'un moyen d'accéder à d'autres biens. Dans ce sens, il cite divers exemples de la perte de valeur des gratifications non monétaires au seul profit du cash.Aux yeux de l'auteur, l'extension des mécanismes de marché réduit le pluralisme des valeurs et des relations sociales.Le modèle du consommateurs exigeant et versatile a tendance à pénétrer totalement la sphère politique. Face à cette évolution, Bernard Perret, tout en prenant soin de rappeler les mérites et la nécessité de la croissance, préconise un renforcement des capacités d'action du tissus associatif. Les propositions, en matière de convivialité sociale et d'aménagement du travail, sont exposées avec conviction et clarté. Les prises de position de l'auteur rendent cette lecture stimulante pour un public assez large, qui s'intéresse aux nouvelles tendances de nos sociétés modernes.

 

Une lettre de Marcel Gauchet (Juin 1999)

"(...) Vous m'avez fait beaucoup réflechir, et sur les modalités de pénétration du marché dans les faits et dans les têtes au moment où nous sommes, et sur la grande difficulté à y résister. Je dois avouer à cet égard que, autant je suis convaincu par le tableau remarquablement éclairant de la nouvelle orientation des économies, autant je suis sceptique devant les issues que vous esquissez. Elles me semblent d'un côté faire bon marché de la demande des individus à laquelle je ne vois pas comment s'opposer, et de l'autre, faire un crédit très excessif à la blague de "l'économie plurielle", qui n'est jamais qu'un appel à la multiplication des subventions de l'Etat au "secteur non marchand", lequel Etat ne pourra jamais y répondre qu'en encourageant d'autre part le marché. On ne sort pas de ce cercle vicieux. Les dépenses sociales poussent à la recherche de l'efficacité libérale !

Est-ce que sortir de l'économie n'exigerait pas d'abord de considérer ce qu'il y a d'autre que l'économie dans la vie sociale ? La dénoncer, n'est-ce pas toujours et encore la renforcer ?

Veuillez ne voir dans ces interrogations d'amateur que le signe du profond intérêt que j'ai pris à vous lire (...).

 


Plan de l'ouvrage

Chapitre premier : La démocratie au risque du marché

La démocratie a t-elle vraiment gagné ? - Qu'est ce que la démocratie ?- Le FMI et l'Asie : le discours chimérique de la déréglementation vertueuse - Quand le citoyen s'efface derrière le consommateur - Le politique sans prise sur la prospérité - L'histoire commune tourmentée du capitalisme et de la démocratie - Un intermède libéral dans l'attente de nouvelles régulations ?- L'État, le marché et la société civile - Du marché à l'argent - Anciennes et nouvelles contradictions entre le marché et la société.

Chapitre 2 :Logique de l'ordre monétaire

D'un tabou à l'autre - Les formes de la monétarisation - Des marchés plus étendus, plus unifiés et plus concurrentiels - Développement de la concurrence au sein de la sphère productive, marchandisation du travail et remise en cause de la nature institutionnelle de l'entreprise - Monétarisation des modes de vie et de l'échange social - Privatisation de la protection sociale et recherche d'un couplage efficace entre marché et redistribution : la solidarité compensatoire - Une domination idéologique sans partage - Concurrence, allocation optimale des ressources et monétarisation - Marché et monnaie, dualité et convergences - Monétarisation et déréglementation se renforcent mutuellement - L'extension des mécanismes de marché au sein de la sphère économique - Marché et réseaux - L'Euro, nouveau pilier de l'ordre monétaire - Neutralisation de la monnaie et objectivation de la fonction monétaire - Les ressorts anthropologiques de la monétarisation - Economie, rationalité et coordination - Première esquisse d'une critique de l'ordre monétaire - La monétarisation comme question politique.

Chapitre 3 :La civilisation de l'argent

Monétarisation imposée et exclusion sociale - Une culture de la consommation - L'impact culturel et moral de la monétarisation - Le règne du désir - Corruption et déclin de la gratuité - La culture au risque du marché - Les frontières mouvantes de l'argent - La nécessaire séparation des ordres - La validation sociale des besoins - Monétarisation et dégradation du "Capital social" : les contradictions du libéralisme - Libéralisme et société civile - Le concept de "Capital social" - Le rôle de la confiance et des normes partagées dans le développement des échanges - Une culture incivile ? - Le Capital social comme réseau d'échanges non monétaires.

Chapitre 4 : Métamorphoses du capitalisme (1), Un règne sans maître

Qui mène le jeu ? - Le capitalisme régulé des Trente glorieuses - Les ingrédients de la croissance fordiste - Des compromis sociaux élaborés sur une base nationale - Dérégulation et régénérescence du capitalisme - Une victoire politique du Capital sur le Travail ? - La dimension géopolitique de la révolution libérale - Technologies de l'information et nouvelles cohérences socio-productives - Une évolution démocratiquement assumée – De la nature du système capitaliste -Une logique d'accumulation du pouvoir social - Domination d'une classe ou soumission à la loi du marché ?

Chapitre 5 : Métamorphoses du capitalisme (2), la nature incertaine de l'entreprise

Capitalisme, planification et organisation - L'organisation, phénomène technique - De l'organisation hiérarchisée au réseau - Réseaux et partenariat - L'organisation formelle, réalité institutionnelle et politique - La technique comme valeur partagée - L'entreprise, valeur financière ou communauté de travail ? - L'ère de la finance - Le rôle économique de la Bourse - Logique financière et politiques sociales d'entreprise - À qui appartient l'entreprise ? - Qu'est-ce qu'un propriétaire ? - Les illusions du capitalisme populaire et de la démocratie financière.

Chapitre 6 : Métamorphoses du capitalisme (3), le déclin de la citoyenneté sociale

Mondialisation, progrès technique, emploi et inégalités - Les travailleurs directement confrontés au marché - L'avenir de la condition salariale - La condition salariale comme préfiguration - d'une citoyenneté sociale en devenir - La déréglementation économique sape les fondements de l'ordre public social - Le scénario post-salarial : utopie ou cauchemar ? - De l'"État-arbitre" à l'"État-entraineur" - L'État dirigiste réduit à l'impuissance - L'enrôlement des territoires dans la compétition économique - La qualité des réseaux sociaux comme atout dans la compétition économique - L'avenir incertain de la citoyenneté sociale.

Chapitre 7 : Le travail-providence

Un libéralisme social ? "Workfare", impôt négatif et égalité des chances - "New Labour" et libéralisme de gauche - La nécessaire adaptation du système social à l'évolution du travail - Les séductions de l'impôt négatif - La solidarité ne se limite pas à la redistribution - L'utopie d'une solidarité sans médiations - Equité versus solidarité - Cinq impasses du libéralisme social - Pour une réforme du modèle social français fondée sur d'autres principes - Pour une diversification négociée des formes d'activité - Les limites de l'égalité des chances - Défendre la dignité des perdants.

Chapitre 8 : Au-delà de la croissance

La croissance comme fonctionnement social - Une métaphore du sens de la vie collective - La croissance comme "solvant politique" - La richesse comme puissance - Le pouvoir social des chiffres - Peut-on mesurer la croissance "réelle" de l'économie ? - La productivité des services - Cohérence et limite de la Comptabilité nationale - Une valorisation dépendante de l'existence d'un marché - Au delà de la richesse monétaire - Critique du Bien-être - L'économie du rez-de-chaussée - L'importance croissante des biens et ressources sans valeur économique univoque - L'utilité diffuse des "externalités" - Accumulation du capital et reproduction de la société - Objectiver et rationaliser les utilités non monétaires - Représentation, rationalisation et décision - L'indicateur de développement humain - La voie procédurale : l'évaluation des politiques publiques - Les biens communs politiques.

Chapitre 9 : Une économie plurielle et une démocratie plus communautaire

Des traditions politiques en porte-à-faux - Une domination sans contre-pouvoirs - Que reste t-il de la gauche ? - Les contradictions de l'idéologie libérale - Quelle "autre" politique économique ? - Promouvoir le pluralisme des modes de vie et de production - Quelle stratégie pour les politiques sociales ? - Vers la pluriactivité - Hétérogénéité des biens et pluralité des droits sociaux - Une conception élargie du pluralisme économique - Pour une conception plus communautaire de la démocratie - La nation comme communauté et comme ensemble de communautés - Une politique de la reconnaissance - Stratégies de changement social, valeurs et intérêts.

 

Extrait du chapitre 2



Page personnelle de Bernard Perret



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